mercredi 26 août 2015

Derniers milles

Et voilà. C'est fini.
Cela fait une semaine que Sir Ernest a retrouvé son port d'attache, Port St. Louis du Rhône. Il est à sec. Il se repose.

Petit retour en arrière, pour vous raconter ces dernier milles, de Barcelone à Port St. Louis.
Après de savants calculs, nous avons décidé, Solenn et moi, de quitter la magnifique marina flambant neuve de Port Vell - qui s'appelle désormais One Ocean Port Vell - juste avant l'aube, à 5h du matin. L'idée étant d'arriver dans la zone qui va de Palamos au Cabo Creus après la fin de l' épisode de mistral en cours. Et avant l'arrivée du suivant.
Tout a bien fonctionné. A part qu'un nouvel accès de tramontane (peu actif, annoncé, mais néanmoins handicapant pour notre progression) s'est annoncé dans la nuit et que nous avons dû faire le tour du Golfe du Lion, à la sonde des 30 mètres, pour éviter le clapot hâché.

C'est finalement dans la nuit noire que nous avons jeté l'ancre dans le mouillage de Carteau. Après une remontée du golfe de Fos que j'ai trouvé particulièrement difficile cette année. Les lumières de la côte sont éblouissantes, il y en a toujours davantage. Et au milieu de tout ces clignotements rouges, jaunes, blancs, il faut parvenir à repérer les petits scintillements des marques cardinales, Roustan sud et Roustan est, la Balancelle, et, tout en haut du They de la Gracieuse, la GN nord.
source: sailmediterranée.com
Bonheur d'un mouillage calme, à peine troublé par la visite d'un pêcheur qui, à minuit, tous projecteurs allumés, est pratiquement venu au contact pour relever ses filets.
Le lendemain, nous profitons d'une accalmie pour vite dégréer le génois. Quelques rangements, vidange rapide du moteur et, à 15h, nous nous présentons à Navy Service où la remorque nous attend pour sortir de bateau de l'eau.

Un petit pincement au coeur, tout de même.

Sir Ernest est de retour ! Il l'a fait... Il est allé au Chili, et il en est revenu.  Une longue, longue, longue navigation, une course d'endurance et de patience. Bravo, le bateau !

Bon, je sais, et cela n'a pas fini de me fendre le coeur, nous n'avons pas vu la Patagonie de mes rêves. Juste une petite incursion, de quoi tomber amoureuse de Chiloé, des Chiliens du sud, et de donner l'envie d'aller plus loin...

Il faudra y retourner. Absolument.

samedi 15 août 2015

Bain de foule à Barcelone

Dernière escale de ce long voyage: Barcelone. Après la Linea, où nous avons fait souder la barre de Sir Ernest et où Solenn a rejoint le bateau, nous avons fait escale à Cartagena, le temps de laisser passer le renforcement de vent de nord-est qui nous barrait la route du retour, au-delà du Cabo de Palos.
Trois jours de repos, de chaleur, de flâneries, de consommation indécente de churros con chocolate.  Puis nous avons repris la mer, en route pour Barcelone via Ibiza – juste une escale baignade au nord du Cabo Roig sur la côte nord-est de l’île.
A Barcelone, nous profitons de la ville pendant quatre jours en attendant que le mistral s’essouffle dans le Golfe du Lion.  Ce n’est pas un drame : comment se lasser de la capitale catalane ?
Nous déambulons pendant des heures dans le dédale de petites rues de la vieille ville. J’adore la déco des boutiques minuscules, couloirs étroits ou caves lilliputiennes. J'adore l'inventivité des décorateurs, et celle des créateurs, qu'ils ou elles soient stylistes de mode ou d'objets - sacs, bijoux, ameublement. Dans une ruelle ombragée,  une boulangerie occupe un angle : trois plantes en pot, une table et 2 chaises rouges y aménagent une oasis de calme et de bien être.

A chaque coin de rue, une petite place. Avec ou sans arbres. Avec ou sans bistrot et terrasse. Le plus souvent avec.
source: www.blogandgo.co.uk
Et des bancs et des chaises publics, boulonnés au sol.
Et des vélos innombrables : les loueurs de bicicletas sont à tous les coins de rue. On trouve aussi vélos, trottinettes, stegways et voiturettes électriques.
Toujours sous le signe du deux-roues : les rickshaws chargés de touristes transpirants, pendant que le malheureux conducteur pédale, pédale… il fait 35 degrés sous le soleil.

Le spectacle est dans la rue : on peut passer des heures – sur un banc public, justement ! à observer les gens qui passent.

Ce matin, un concours d’agility – vous savez le dressage des chiens qui doivent sauteur au travers de cerceaux ? – devant la cathédrale de Barcelone. Eh oui.

La marina rénovée – qui s’appelle désormais One Ocean Port Vell – est un vrai hôtel de luxe au coeur de la ville. Au prix très abordable.

Le parc de la Ciutadella, une bouffée de verdure et de fraîcheur avec son étang où l’on peut louer des canots – il y a tant d’amateurs que cela fait combat d'autos-tamponneuses sur l’eau. Des couples enlacés à l’ombre de tous les arbres, des familles qui picniquent, des promeneuses solitaires prenant selfies sur selfie.

Mahaut a pris hier l’avion pour Genève : elle stresse pour son travail de matu et les multiples projets qu’elle a sur le feu.  La rentrée scolaire est dans… 9 jours. Gasp !

Solenn et moi repartons dimanche à l’aube pour Port St Louis, en espérant profiter d’une petite lucarne de vent calme pour passer le respectable Cabo Creus. Il reste environ 220 milles jusqu’à Port St Louis.
Une bagatelle. Cependant, la Méditerranée étant ce qu’elle est, imprévisible et colérique, ce ne sont pas les milles les plus faciles.

Así va la vida…

mardi 4 août 2015

La Linea de la Conception

Nous voici à Gibraltar. Enfin, presque. Juste à côté, en fait, à La Linea, la cité-dortoir des employés du Rocher qui ne sont pas de purs British.
La baie où nous avions mouillé il y a 7 ans, au départ d'un précédent voyage, a fait place à une marina flambant neuve. J'adore les mouillages, mais j'avoue qu'après tous ce mois de mer, j'apprécie de pouvoir brancher le tuyau d'eau et l'électricité au ponton. Et donc, nous nous vautrons sans vergogne dans le luxe, douches chaudes et machines à laver au bout du quai.
Nous avions absolument besoin de faire escale pour réparer la pièce de barre fendue - c'est fait, deux lignes de soudure, on n'y voit que du feu.
Au Mercadona local, nous avons fait le plein de ces pêches jaunes espagnoles que nous aimons tant. Hier nous avons marché quelques centaines de mètres, passé la frontière, changé quelques euros en pounds et pris un petit bain d'ambiance gibraltarienne. Et... ce soir, nous fêtons l'arrivée de Solenn, qui rejoint l'équipage pour les derniers milles jusqu'au sud de la France. Départ demain matin pour environ 250 milles jusqu'à Cartagena.



jeudi 30 juillet 2015

Cap Saint-Vincent - Sagres - cette fois-ci, on est en Europe pour de bon

La première partie de notre traversée Azores - Méditerranée est finie: on est arrivées au cap Saint-Vincent dans une brise de Nord habituelle par ici. Le temps de tourner autour du cap et on est allé se mettre au mouillage dans une petite baie un peu sauvage, juste sous une forteresse avec une chapelle et quelques touristes visiteurs: Fortalezza de Belixe.
au mouillage juste après le cap Saint-Vincent
Un arrêt bien nécessaire: réparer une avarie casse-pied sur la barre (une pièce en inox a priori bien épaisse et costaud... qui s'est fendue ou dessoudée). Et aussi récupérer un peu du sommeil en passant une nuit presque complète dans un bateau qui ne bouge plus: c'est quand même bien!
  Le bricolage avec les moyens du bord est temporaire, histoire de pouvoir barrer quand même jusqu'à un port où on trouvera un vrai soudeur...
une réparation temporaire, qui va devoir tenir encore quelques jours
(commentaire du rédacteur délégué: bien joué Joya, joli montage avec les réserves d'inox du bord !)  Demain matin, on va reprendre la route, direction Gibraltar et la Méditerranée. La prochaine escale est encore en discussions: Portimao, Cadix, ou La Linea,  on vous dira ça quand on y sera !
Mahaut et Joya

mercredi 22 juillet 2015

Réunies sur les mers

  Eh oui, le joli duo mère-fille est de retour sur les mers, après de longs mois de séparation. Voilà près d'un an et demi que je n'étais pas remontée sur Sir Ernest (Mahaut, la fille, vous vous souvenez ?). Il est désormais temps de boucler la boucle en achevant la dernière traversée, des Açores à Gibraltar avant de ramener définitivement le bateau en France.
Mahaut est à nouveau à bord
  Je suis arrivée à Horta vendredi par avion et, après avoir fini l'avitaillement, rangé le bateau et profité pour plonger grâce à un sympathique club de plongée sur le port (j'ai vu de magnifiques raies, des poulpes, des poissons perroquets d'un rouge sublime et même une langouste !), nous sommes parties lundi matin. Thibault, lui, est rentré à Genève. Cela fait maintenant presque 48 heures que nous sommes en traversée. Il y a peu de vent et nous avons fait beaucoup de moteur, mais le vent devrait bientôt se lever, du moins nous l'espérons. Le temps est très beau et très clément, nous avons eu hier une journée magnifique avec une belle mer bleue et un soleil bien chaud, suivi d'une nuit sublime avec de merveilleuses étoiles. Pour l'instant, c'est une très jolie traversée, même si un peu de vent ne nous ferait pas de mal...
  Nous prenons aussi peu à peu le rythme et j'en profite pour lire beaucoup (j'en ai enfin le temps !) et nous écoutons encore et toujours de nombreux podcasts. Tenter de comprendre la crise grecque en regardant les étoiles, ce n'est pas trop mal, je vous assure.

A bientôt !
Mahaut

mardi 14 juillet 2015

Panama - Açores: 39 jours, est-ce bien raisonnable ?

Terre!
   Là, sur l'horizon, la silhouette unique du volcan de Pico émerge des nuages bas. Pas trop de doute sur notre position, mais ça confirme avec une joie difficile à décrire notre arrivée dans l'archipel des Açores. Encore un petit effort et nous avons atterri sur l'île de Faial, au port de Horta.
L'arrivée à Horta, qui se dissimule dans les nuages.
   L'accueil au port de Horta est légendaire de gentillesse et de compétence, et la réalité est absolument fidèle à la légende encore une fois (c'est la trois ou quatrième fois que Sir Ernest arrive à la marina d'Horta, chaque fois un plaisir formidable).
  Bilan de la traversée ? 39 jours de mer de Panama à Horta avec deux minuscules arrêts (Great Inagua aux Bahamas pour quelques heures, Bermuda 1 jour pour refaire le plein de fuel et d'eau).  Eh bien ce n'est pas si mal pour un Endurance 35 comme Sir Ernest. Pas si mal, mais quand même bien bien long à vivre... Malgré les petites misères techniques normales d'une traversée aussi longue, tout s'est finalement assez bien passé, Sir Ernest a réussi à nous amener jusque là sans encombre majeure.
   On vous promet que la première bière fraîche après avoir amarré le bateau avait un goût inoubliable...
   Suite du programme: Thibault débarque et rentre en avion dès que possible à Genève, Mahaut vient le remplacer à bord, et dans quelques jours départ direction la Méditerranée. Le temps de faire quelques petites choses d'entretien (une vidange/service du moteur, trouver et changer une nouvelle paire de batteries de service, monter au mât pour vérifier deux drisses, supprimer le jeu dans la barre, remettre une anode d'arbre d'hélice, contrôler les entrées d'eau de mer du presse-étoupe, contrôler les pertes d'eau du réservoir souple d'eau douce, .... j'arrête là, vous allez vous endormir).
   L'aventure continue encore un peu.

Thibault et Joya

mardi 7 juillet 2015

Corner Seamounts

Je ne sais pas vous, mais, pour ma part, je ne saurais pas me passer de la
bonne vieille carte marine en papier. Pas par nostalgie ou esprit rétro,
non. MaxSea (un programme de navigation) est toujours ouvert sur
l'ordinateur, et Navionics (un autre ensemble de cartes électroniques) est
chargé sur l'ordi, au cas-où. Mais si ces programmes sont formidables,
qu'ils nous positionnent avec exactitude sur la carte sans qu'on ait besoin
de faire le moindre effort de calcul, la cartographie numérique fait
l'impasse sur un élément qui, mine de rien, a son importance en traversée:
la nature des fonds.

Comment cartographier l'océan, cette immensité vide ? Le grand routier de

l'Atlantique que nous utilisons en ce moment est bordé à gauche et à droite
par les continents (en beige) et leur plateau continental (profondeurs
jusqu'à 200 mètres, en bleu). Tout le reste de la carte, mis à part la
grille des latitudes et longitudes, est couverte de circonvolutions et de
chiffres. Ces arabesques et ces cercles représentent la géographie
sous-marine, chaînes de montagnes, vallées et sommets isolés, plaines
immenses.
Sur notre route, depuis le sud des Bahamas, nous avons d'abord passé
au-dessus de la Plaine Abyssale de Nares, dont la profondeur moyenne se
situe entre 6000 et 5000 mètres. Elle n'est pas uniformément
plate, mais ponctuée de montagnes sous-marines dont les plus hautes
culminent à - 4920 mètres .
Plus loin, passage obligatoire entre les Bermudes et les Açores, se trouvent
les Corner Seamounts (35N - 50W).

Cela fait une semaine que nous nous bagarrons pour faire le tour de cette

chaîne montagneuse au sud de la Plaine Abyssale Sohm (-5300 mètres) dont les
plus hauts sommets culminent à - 970 mètres. Les Corner Seamounts, ce sont
un peu les Alpes sous la mer. Elle se trouvent forcément au milieu de la
route de ceux qui rentrent des Antilles. Et même à 1000 mètres de
profondeur, ces Corner Seamounts sont une plaie. Parce que le Gulf Stream,
dans sa route vers l'Europe, passe aussi par là, et qu'il en profite pour
s'y promener, s'engouffrant dans les vallées, tournant autour des sommets.
Résultat pour nous, qui peinons à la surface: du courant contraire et une
mer chaotique.

Ce n'est pas la première fois que cette zone nous donne du fil à retordre.

Etre freiné par un courant contraire au milieu de l'Atlantique nord, il
n'y a rien de plus rageant. Quand on examine le tracé de nos routes à cet
endroit de la carte, on s'aperçoit que le vent et le courant réunis nous
ont toujours obligés à faire le tour des Corner Seamounts. Cette année ne
fait pas exception. Même si Sir Ernest est passé plus au nord, nous avons
subi les "rebiques" du courant.

Petit à petit, cependant, nous progressons en direction du but. Il y a

trois jours, nous avons franchi la barre des derniers 1000 milles. Mais ne
cédons pas trop vite à l'enthousiasme: nous avons encore droit à un petit
coup de vent prolongé par un long épisode de calmes avant d'arriver à
destination.

Joya

samedi 4 juillet 2015

Bermuda - Açores, c'est tout droit ? Pas si sûr...

En principe tout est clair: pour aller en bateau des Bermudes aux Açores, vous avez 1800 milles nautiques à parcourir (3330 km), et vous n'avez que de l'océan sans obstacle. Donc c'est tout droit vers l'Est, en mettant un petit peu de Nord dans votre Est, et ça devrait le faire.
  Mais en voilier rien n'est simple, la route va devoir faire des détours. Dans cette traversée de début d'été sur l'Atlantique nord, très parcouru par tous les voiliers qui rentrent des Antilles et ont commencé la migration à la fin du printemps, le principal piège ce sont les anticyclones.
"Comment ?" direz-vous, le bon dieu leur envoie du beau temps et du ciel bleu, et ces voileux râlent encore ?  C'est que les voiliers ont besoin de vent pour faire la route (en particulier quand il y a plus de 3000km au programme...) et les anticyclones ont la fâcheuse habitude d'abriter en leur sein des zones de calmes persistants, et en plein été, ils ont également la nonchalance de saison, ils ne se déplacent que lentement ou pas du tout.  Donc le voilier inattentif aux cartes météo tout content de bénéficier sur la route directe d'un joli vent très modéré sous un ciel bleu et quelques cumulus de beau temps, se retrouve avant d'avoir compris ce qu'il lui arrive au coeur de l'anticyclone qui lui tend les bras... et ses zones de calme. Une fois là-dedans, il n'avancera plus, l'anticyclone ne bougera guère, et la situation peut durer des jours sans évolution notable. Pas bon pour le moral...

Il en faut, de la patience....
   Et le moteur alors ? Hein ? il sert à quoi le moteur ?  Ah bien sûr, il y a moyen de faire du moteur s'il reste assez de fuel. Mais les voiliers ont généralement une autonomie en fuel limitée, et il est impossible de faire la motié de la traversée au moteur (il faudrait emporter des centaines et des centaines de litres de fuel en plus, et on ne peut pas, vous comprenez, la place est prise par les cannettes de bière...). Et de toute façon, il est indispensable de garder du fuel pour l'arrivée (les 2-3 derniers jours avant d'arriver à Horta-Açores sont souvent à faire au moteur).
  Bon alors on fait comment ?  Eh bien on fait le tour de l'anticyclone, par le Nord. Les cartes météo à jour sont alors indispensables et une bonne observation du ciel vient complèter ces infos. En faisant route suffisamment tôt vers le Nord-Est, voire vers le NNE, on rejoint dès que possible au moins la latitude des Açores, parfois même un peu plus. Puis seulement à ce moment là on prend un cap en direction du but.
  C'est exactement ce qu'on vient de faire entre hier et aujourd'hui: on espère très fort qu'on est monté assez au Nord maintenant, et on a tourné l'étrave de Sir Ernest vers Horta. Nos infos météo du jour nous disent que pour la semaine qui vient, ça devrait le faire... Croisez-les doigts avec nous pour que ça marche !

jeudi 25 juin 2015

Escale express à Bermuda

Réservoirs d'eau et de fuel quasi vides: le bon sens et la prudence nous ont finalement poussé à faire escale aux Bermudes.
Nous sommes arrivés hier vers midi, poussés par un bon vent de sud-ouest. Oui, vous avez bien lu: après 8 jours de calmes, le vent s'est levé. Bon, au moment où il s'est levé, c'était la nuit. Et nous étions sous spi... Et ce qui ne devait pas arriver arriva. Notre pauvre spi cacochyme n'a pas supporté la brusque accélération du vent ; il a explosé en mille morceaux. Je ne vous raconte pas le chantier, ensuite, pour en récupérer les bouts.

Spi et génois en ciseaux... avant que tout n'explose.
Exit donc le spi.

Donc escale express aux Bermudes. En arrivant, une fois les formalités accomplies, délestés de 70 dollars, nous sommes allés directement au quai du fuel remplir nos réservoirs. Au magasin de la station-service nous avons dévalisé le frigo de sodas ... il y a des joies simples dont il ne faudrait pas se priver !
Bermuda: lumière et couleurs tropicales chez les Brits


Petit tour à terre en fin de journée avec l'annexe. St Georges Harbour, où nous sommes, c'est coquet, pimpant, British et très cher. On croise des troupeaux de touristes américains rebondis; des petites classes en course d'école, tous les enfants vêtus de t-shirts rouges. Un tour au supermarché, un tour au pub et voilà nous repartons.
La météo nous annonce du vent soutenu pour les prochaines 48 heures. On va essayer d'en profiter.


dimanche 21 juin 2015

Persévérance et obstination


Persévérance. Obstination. Patience.... Persévérance, obstination,
patience. Je me répète ces trois mots comme un mantra.
Cela fait maintenant une semaine que nous peinons dans les calmes. Nous
n'avons que très peu progressé. Il fait très chaud, plus de 30 degrés, le
soleil tape. Pas de nuages, pas de pluie. Rien que le grand silence et la
mer lisse.
Le vent devrait revenir.
Ce soir, la nuit prochaine, demain ?
Soufflera-t-il assez longtemps pour nous permettre de rejoindre le nord
des Bermudes ?

La mer est tellement calme ... Nos amis les puffins sont posés sur l'eau
près de Sir Ernest. Ils nous guettent du coin de l'oeil. Le clou de leur
journée, c'est lorsque nous allons nous baigner (l'eau est à 29 degrés,
elle rafraîchit à peine). Alors ils se rapprochent, pas craintifs pour un
sou. Ils plongent la tête sous l'eau, histoire de voir par en-dessous ces
étranges poissons malhabiles. Dévorés de curiosité, ils s'approchent
encore un peu et... tendent leur bec acéré vers nos orteils. Non merci !

Un de nos fidèles accompagnateurs


Je n'avais pas prévu ce calme interminable. Nos réserves d'eau, de fuel et
de nourriture s'amenuisent à la mesure du temps qui passe. C'est drôle de
se dire qu'à l'ère des GPS, Iridium, fichiers grib et autres routeurs,
nous vivons le manque de vent qui se prolonge avec des angoisses qu'ont
déjà dû ressentir les premiers explorateurs. Sauf, bien sûr, que nous,
nous savons précisément où nous sommes, nous connaissons le nombre de
milles exact qu'il nous reste à parcourir, et la force du vent qui souffle
à 200 kilomètres dans notre nord.

Encore 2058 milles au compteur, ce matin. Le programme de navigation
indique qu'avec notre vitesse actuelle - 1.5 noeuds, c'est à dire environ
3 km/h - nous arriverons aux Açores dans 50 jours.

Patience... persévérance... obstination...

samedi 20 juin 2015

Rien à l'horizon

Nous avons à peine eu le temps d'entrer dans l'Atlantique et voici que le vent est parti faire le fou ailleurs. Le bon vieux Sir Ernest se traîne dans la chaleur en soufflant, tout suant et tout poussif. Roméo, Charlie et compagnie ont pris leurs RTT et ce sont donc Thibault et Joya qui se relaient à la barre pour aider le pauvre bateau à avancer. La mer est immense, à peine parcourue de quelques ridelettes. Rien à l'horizon, sauf quelques nuages qui n'apportent pas de vent. 
Encalminés au voisinage du Triangle des Bermudes
Avec ce calme, la mer est totalement silencieuse. On entend à peine le clapotis de l'eau contre la coque, lorsque les voiles sont suffisamment glonflées et qu'elles ne claquent pas. Hier,  trois puffins sont venus nous tenir compagnie. Assis dans notre sillage, pagayant paresseusement de temps en temps, ils allaient aussi vite que nous. De temps en temps, ils plongeaient la tête dans l'eau pour un casse-croûte de petits poissons dérangés par le passage du bateau. Et quand cela n'avançait pas assez vite, ou pour se dégourdir les ailes, ils dépassaient Sir Ernest, se posaient un peu plus loin pour l'attendre. Encore quelques jours à ce régime et ils vont s'apprivoiser !

Joya

lundi 15 juin 2015

Enfin l'Atlantique

Après 12 jours de grimpette au près serré, nous sommes entrés hier, samedi
13 juin,  dans l'Atlantique, laissant d'abord le Windward Passage (entre
Haïti et Cuba) puis le Mayanagua Passage (Bahamas), dans notre sillage.

Je redoutais le Windward. Il a mauvaise réputation, comme l'ont souvent

ces passages étroits où le vent s'engouffre avec force. Mais nous avons eu
de la chance. Nous sommes presque passés par calme plat, avant que les
Esprits gardant le Cap A'Foux, au nord-ouest de Haïti, ne s'avisent de
notre présence. Et le vent s'est relevé, et levé encore, et encore. C'est
avec trois ris et la trinquette que nous avons finalement trouvé refuge
sous le vent de Great Inagua, une île des Bahamas à quelques dizaines de
milles au nord-est de Cuba.
Là, nous avons fait une pause. Eau turquoise, alizé soutenu, bateau bien
ventilé pour chasser l'humidité, c'est fou ce que cela fait du bien.
Evidemment, cette journée de repos a été mise à profit pour faire toutes
sorte de petites - et grandes - réparations. Monter au mât pour vérifier
le feu de navigation qui, décidément, n'aime pas être secoué au près.
Remettre de l'eau dans les batteries qui n'ont pas du tout apprécié la
chaleur de Panama. Réparer le génois qui s'est redéchiré sur plus de deux
mètres ...(euh... je dirais qu'il est cuit, archi-cuit, le pauvre). Et
puis se baigner dans de l'eau transparente à 28.5 degrés, prendre l'apéro
tranquillement au soleil couchant, dormir à plat.

Avant de rejoindre l'Atlantique, il nous restait à nous faufiler entre les

îles du sud des Bahamas environnées de leurs cays. Contrairement aux
grandes îles, Haïti, Cuba, la Jamaïque, qui sont hautes et verdoyantes,
Great Inagua et ses voisines émergent à peine de la mer. Il faut avoir le
nez dessus pour les voir. Le pilône-radio de l'aéroport apparaît comme un petit
piquet sur l'horizon, une frange sombre et dentelée indique un bouquet de
végétation, une jolie bande d'écume blanche signale un récif débordant
largement la pointe de l'île ou pire, juste posé là, au milieu de notre
route. Il faut naviguer les yeux ouverts et, la nuit, faire confiance à
l'électronique.

On attendait l'Atlantique comme une Mer promise. Ah, enfin pouvoir

abattre, ouvrir les voiles et se laisser glisser...
Mais non, faux espoirs. Nous sommes toujours au près serré, tribord
amures, bien gîtés sur babord et cela va encore durer plusieurs jours. Le
vent est obstinément orienté est-nord-est, les Açores sont à 2500 milles
au nord-est, c'est vite vu.
Enfin, est-ce parce que c'est dimanche ? Le vent a un peu baissé, la mer
s'applatit doucement. On tient le bon bout.

jeudi 11 juin 2015

Naviguer à l'oreille, position du bateau par la musique


Avec des GPS un peu partout, connaitre sa position est à peine encore une question à bord d'un bateau en 2015. Et pourtant il n'y a pas si longtemps (quoi? je suis déjà si vieux?), les signaux radio (ondes courtes) étaient les bienvenus pour connaitre sa longitude et sa latitude. Si plus personne ne se casse les pieds à tournicoter son récepteur gonio pour obtenir un indicatif régulier et net afin de déterminer le relèvement d'une balise radio (souvenirs d'une nuit d'encre brumeuse dans les Pertuis à relever le phare des Baleines dans 2.50m de creux et sous une pluie battante, ça siffle encore dans mes oreilles...), on peut encore allumer en croisière sa radio en FM et chercher au hasard à capter une station locale. Dans la mer des Caraïbes, sur la route de Sir Ernest, ça marche très bien.
Exemple d'application de la méthode: vous allumez votre récepteur FM, et vous attrappez une station où un DJ à la tchatche déconcertante mais dans un anglais très clair vous enchaîne de manière super pro des tubes reggae classiques et des arrangements électro récents toujours sur la même base reggae: pas de doute, vous êtes devant Kingston - Jamaïque. Pour quelques heures vous allez réveiller tous vos souvenirs de tubes de Peter Tosh, Bob Marley, les Toots, et toute la puissance de
production musicale jamaïcaine.
   Puis la station devient inaudible, vous cherchez encore et tout à coup vous attrappez du créole nettement plus francophone, une espèce de zouk avec beaucoup d'orgue électronique, les chansons à la gloire des joints ont été remplacées par des propos religieux édifiants: vous savez maintenant que le cap Dame-Marie n'est plus très loin, vous approchez d'Haïti. Toute une autre ambiance sonore va vous accompagner pendant quelques dizaines de milles.
   Jusqu'à ce que la première station en espagnol, avec les rythmes  très variés et riches portés par les cuivres de la musique cubaine ne vienne animer votre cockpit de bateau: vous approchez du Windward Passage à la pointe ouest de Cuba.
   Je ne sais pas encore si du fado va nous accueillir sur la bande FM en arrivant aux Açores, mais ce qui est certain c'est qu'au large en Atlantique nous n'aurons de musique à bord qu'avec nos petits appareils personnels. Dans le doute, ne jetons pas nos GPS par dessus bord, et gardons-les allumés, c'est moins culturel, mais nettement plus sûr !

Thibault

dimanche 7 juin 2015

Penchés à gauche

La Jamaïque est devant nous, à 50 milles environ. Depuis six jours, nous
avançons au près, gîtés sur babord, contre vent, vagues et courant. On le
savait, mais cela ne rend pas la chose plus rigolote: c'est un peu comme
se hisser le long d'une falaise, main après main. Il ne faut surtout pas
se décourager. Nous vivons penchés, style Dahu. Tout à bord devient plus
difficile. Se mouvoir, faire à manger, se caler pour dormir, manoeuvrer
sur le pont.
Evidemment, le matériel est très sollicité et avons eu notre lot de petits
soucis. Un truc qui pète par-ci, un désamorçage de moteur par-là, un
problème de batteries, un autre avec l'enrouleur de génois. Pour le
moment, et je croise les doigts et touche du bois, tout est sous contrôle.

Ces prochains jours, nous allons continuer à nous hisser vaillamment vers
le Windward Passage, entre Cuba et Haïti. Encore une petite partie de
plaisir en perspective, avant d'arriver en Atlantique.

Mais avant cela, nous devons décider si nous profitons de la proximité de
Kingston, capitale de la Jamaïque, pour refaire le plein de fuel. Il n'est
pas question d'une vraie escale, mais juste d'un arrêt de quelques heures.
Tentant, mais les choses étant fidèles à l'habitude, nous arriverions de
nuit. Pas très facile avec tous les récifs qui jalonnent l'entrée du port.
On verra.

dimanche 31 mai 2015

Bye bye Panama

Nous partons demain. Nous, ce sont Thibault, Joya et Sir Ernest.
Direction les Açores, à environ 3500 milles de Panama. Une longue route en perspective, pas très facile, et un peu tard en saison.
L'avantage de partir début juin, c'est que les vents,  généralement très soutenus dans la mer des Caraïbes, s'affaiblissent. Ce qui, de ce que je peux voir sur les fichiers météo pour la semaine à venir en tous cas, a l'air exact.
Le désavantage...  c'est que la saison des cyclones commence officiellement le 1er juin. Hum, hum, hum...  





lundi 11 mai 2015

Canal de Panama, le retour.

On pourrait se dire que, puisqu'on l'a déjà fait, passer le Canal pour la deuxième fois est facile.
Eh bien non. Pas pour moi en tous cas. Même si je n'étais pas seule à bord.

Vendredi 8 mai, à 6h30 du matin, le jour vient à peine de se lever sur Panama City que je suis dans mon annexe pour aller chercher mon équipe de handliners à terre, plus les pneus enveloppés de sacs poubelle, plus les 4 longues aussières en gros cordage flottant de 20 mm. Ils sont 4 jeunes Panaméens entre 17 et 25 ans, qui travaillent tous avec Roy Bravo, mon agent à Panama.
De gauche à droite: Roy Bravo, Yoshi, Eric, Allan, Jonathan.

Une fois tout le chargement à bord — après deux voyages à terre — nous plions l'annexe sur le pont.  Il est juste temps de lever l'ancre pour nous rendre entre la bouée 4 et 6, où nous avons rendez-vous avec l'adviser qui va nous accompagner aujourd'hui.

C'est Francisco qui embarque à bord de Sir Ernest. Et nous nous mettons en route, à contre-courant, en direction de l'écluse de Miraflores où nous devons nous présenter à 9h précises pour entrer dans the chamber.
Francisco prend la barre et moi, je prépare le petit déj' pour tout le monde. Café à la ronde, lait, sucre, petits pains aux raisins.
Pendant toute la journée, je vais ainsi alterner entre préparation des repas et conduite du bateau. Heureusement, le repas de midi est prêt dans la cocotte-minute. Un énoooorme frichti à la mode de Jo, c'est à dire avec tout dedans.

Nous allons monter jusqu'au lac Gatun en partageant les écluses avec deux bateaux de touristes, deux remorqueurs et un bateau de pêche sportive. L'avantage, c'est que nous serons à couple d'un remorqueur, le Fanfán. Sauf qu'à chaque écluse il faut se désammarer, laisser passer le remorquer, le laisser se réamarrer dans l'écluse suivante, tout en avançant lentement sans se mettre travers dans le courant.
Rien que du bonheur.

Francisco nous annonce qu'il est prévu que nous entrions dans l'écluse de Gatun à 14 heures... en sortant de la dernière écluse de Miraflores à midi.  Or, il nous faut traverser tout le lac Gatun, c'est à dire environ 21 milles de route... donc à moins de voler — ce que Sir Ernest n'a pas encore appris à faire — il nous sera impossible de respecter le timing. Nous devrons donc passer la nuit sur le lac.
Allan à la barre sur le lac Gatun, avec Yoshi et Jonathan.

Nous arrivons à 15h30 à la grosse bouée où nous nous amarrons pour la fin de la journée et la nuit. Il fait tellement chaud que sans plus attendre je distribue les serviettes de bain et tout le monde saute à l'eau. Ah... une baignade en eau douce, quel plaisir.

Mes quatre équipiers sont formidables. Sympas, compétents. On discute — dans mon espagnol lacunaire, qu'ils corrigent gentiment, je le leur ai demandé.  Ils mangent. C'est de leur âge. Mais qu'est-ce qu'ils mangent ! Je passe mon temps au fourneau: il ne reste rien du frichti de midi, ce soir le menu prévoit pâtes à la sauce au thon-légumes. Encore une pleine casserole.  En attendant, je distribue des barres de céréales pour les faire patienter. Le lendemain au petit déj', ils  engloutiront deux pains en tranches, une plaque de beurre, un demi pot de confiture...

Nous voici donc au lendemain, 9 mai, pour passer les écluses de Gatun, celles qui vont nous faire descendre vers l'Atlantique. Et cette fois nous sommes center chamber, c'est à dire que comme nous sommes le seul voilier, nous sommes au centre de l'écluse, tenus par nos 4 bouts.
Mais pas seuls dans l'écluse. Juste derrière nous, un gigantesque transporteur de voitures remplit toute la place qui reste et il s'appelle, vous l'avez vu dans le post de Thibault: Lake Geneva.
Incroyable, non ?

.
Le Lake Geneva entre dans l'écluse derrière nous. Il est tiré par les mules, les locomotives à gauche et à droite


L'adviser qui embarque à 9h30 s'appelle José. Sympa, lui aussi. Il connaît plusieurs de mes compagnons, nous formons une bonne équipe. Je suis tendue, comme toujours, on ne se refait pas.
José, adviser à la descente vers l'Atlantique.
Et finalement tout se passe bien. Une fois en bas, le gros cargo nous dépasse, la pilotine vient chercher l'adviser et nous, nous nous acheminons vers Shelter Bay Marina. Petite manoeuvre de récupération de pneu en cours de route, préparation de gros sandwiches vites faits aussi, un petit appel à la radio en même temps... on fait tout à la fois, c'est le métier qui veut ça.

Le Lake Geneva, plein de voitures neuves, nous dépasse.
Nous voici de retour en Atlantique.
Presque à la maison, hein ?


















samedi 9 mai 2015

Panama: difficile de passer le canal incognito...

Dans le rond rouge, Sir Ernest partageant l'éclusée avec le "Lake Geneva"

De nos jours, pour passer totalement inaperçu aux yeux du monde, c'est de plus en plus difficile. Des webcams bien disposées autour des écluses du canal de Panama m'ont permis de voir passer Joya. Enfin, disons que j'ai reconnu la silhouette inimitable de Sir Ernest, qui passait juste devant un énooorme machin noir, qui s'appelle "Lake Geneva" !  
Thibault

mardi 5 mai 2015

Panama again

Oui ! Je suis arrivée à Panama après 29 jours de navigation,  principalement du petit temps. Bien que j'aie eu la visite de l'Inspecteur du Canal samedi matin déjà, quelques heures après mon arrivée (merci Roy Bravo !), Sir Ernest ne transitera que vendredi prochain 8 mai 2015. Quelques jours à patienter au mouillage du côté Pacifique de Panama. Et il y a mieux, comme lieu de villégiature.

D'abord, je suis allée mouiller à La Playita. Puis, le jour suivant, j'ai dû faire le tour de la presqu'île pour me trouver un coin à Las Brisas de Amador.  La météo annonçait un épisode de très grosses vagues rendant le mouillage impraticable. A midi déjà, une houle d'environ 1m50 entrait dans la baie. Impressionnant et dangereux. Ces grosses vagues sont le résultat de très gros coups de vent au sud du Pacifique: on dirait que je suis arrivée à temps !

Un orage se pépare sur Las Brisas de Amador

Pour aller à terre depuis ce grand mouillage de Las Brisas de Amador,  c'est toujours tout une aventure. C'est même devenu pire car le ponton délabré, équipé de son petit youyou rouge plein d'eau et relié par un va-et-vient à la terre, eh bien ce ponton tombe en décrépitude. Il ne reste plus qu'un vague bout de contreplaqué entouré de fers rouillés.
Résultat: les aller-retour à terre sont limités au minimum, mais cela ne fait rien, car au programme ces jours nous avons:
dormir; dormir; dormir;
boire des sodas glacés;
manger des maracujas, de la papaye et de la salade bien fraîche;
ranger le bateau;

le préparer pour le transit - essentiellement dégager le pont et protéger les panneaux solaires.

Et demain, histoire de perfectionner ma technique de mouillage en solo,  je vais retourner à Playita - cela sera plus facile pour embarquer l'adviser et les line handlers.

Quand à vous raconter la remontée de l'Amérique du Sud... pour l'instant c'est confus. Avons-nous vraiment fait ces 2880 milles, vécu ces nuits d'orage angoissantes, pris ces bouts de pêche dans le safran, bataillé pour avancer dans 3 noeuds de vent, vu ces dizaines de dauphins sauter (enfin!!! quel bonheur !) à 50 milles de Panama ? C'est bien à nous que tout cela est arrivé ?!

Alors oui, je vous le raconterai. Dans quelques jours. Le temps de laisser décanter.






samedi 2 mai 2015

Valparaiso - Panama: ça, c'est fait

Après les messages Iridium quotidiens de ces dernières semaines, voici enfin un message de Joya par SMS, signe de la fin du parcours:
"Arrivée à Panama, Difficile mais entiers jusqu'au mouillage de Playita. Le moteur a super bien marché. Il est 1h45, au programme un petit apéro pour fêter ça et surtout DODO... Bisous"
Comme un soupir de soulagement qui traverse la maison ici...
Thibault
Le mouillage de Playita, Panama

dimanche 26 avril 2015

Les pièges flottants du Pacifique: à la lutte contre le polypropylène

Hier,  au milieu du Carnegie Ridge, nous nous sommes pris, par deux fois, des filets dérivants. J'étais en train de somnoler, vers 14h, quand j'ai été sortie de ma couchette par un couinement inhabituel. Je sors, rien, sauf peut-être le bateau un peu plus abattu qu'avant. Donc je vais régler Roméo et là, O horreur, une longue traîne apparait derrière. Mais c'est un cordage vert ! Un cordage de pêche ! Qui passe sous le bateau !
Il passait effectivement par le milieu du bateau, un peu comme si Sir Ernest s'était posé dessus et j'ai pu l'attraper avec la gaffe et le couper. Le bateau brusquement libéré a fait un bond et hop, on est repartis. J'ai vu dans notre sillage un fanion se dresser soudain, avec un petit drapeau noir, comme les perches que les pêcheurs mettent pour signaler leurs casiers. En regardant bien, j'ai vu un autre fanion très loin sur ma gauche, puis, un moment plus tard, un autre sur ma droite. Il m'a semblé voir aussi un bateau de pêche, mais là je suis moins sûre, ou si c'était le cas il était très petit.

Bon on continue notre route, je regarde de temps en temps dehors à la recherche de fanions. Deux heures plus tard, je regarde dehors et juste devant l'étrave, un truc coloré. C'est quoi ? Une cannette de soda ? Un bout de plastique ? Non il y en a d'autres, vaguement alignés, c'est un filet !

Trop tard pour faire demi tour, d'ailleurs pour aller où ? On va passer au milieu... et cela n'a pas manqué, paf, nous voilà pris à nouveau. Par l'arrière, ancrés avec les flotteurs du filet dans notre sillage. J'affale tout (je venais de renvoyer la grand-voile pour avoir plus de vitesse !!). J'essaie d'attraper les bouts avec la gaffe (du polypropylene de 4mm vert) mais c'est trop profond. Je tremble de tout mon corps à l'idée, mais il faudra bien se résoudre à aller dans l'eau. Le bateau n'avance plus, il y a une grande houle et un peu de vent. Je mets l'échelle de bain à l'eau, la petite de derrière aussi. Un parre-battage au bout d'un cordage à l'arrière. J'attrappe un harnais dans le coffre du navigo, je l'enfile et l'attache avec un grand bout que je fixe au bateau.
Masque, tuba, couteau et plouf !

Le "petit" fil vert: l'objet du délit...
J'ai coupé le fil, puis un deuxième (cela faisait comme une boucle prise à la base du safran), puis retour à bord en vitesse, vite remonter tous les bouts et l'échelle, puis dérouler le génois pour se tirer vite fait de là. je ne voulais pas DU TOUT avoir affaire avec les pêcheurs auxquels je venais d'arranger à ma manière 2 filets...

Mais bon, des filets posés à fleur d'eau ?! Avec des relies flottantes en surface ?! Au milieu de nulle part à 250nm de Salinas et 230 nm de San Cristobal ?  On peut difficilement trouver une pratique moins professionnelle pour poser des filets dérivants. Peut-être des équipements de pêche abandonnés, à la dérive. Après cela, j'ai scruté la mer jusqu'à la nuit puis croisé les doigts.

J'espère bien que cela ne m'arrivera plus.
Joya
cauchemar en polypropylène...