samedi 12 avril 2014

Le calme après la tempête

Mais le calme ça veut dire qu'il faut avancer au moteur, et alors le calme est assez bruyant...

"Après la tempête d'hier (monstrueuse), le vent a faibli dans la nuit et là, il n'y a plus rien. Cela va plutôt s'annoncer moteur, non ? J'espère que Perkins ne va pas nous lâcher..."

Perkins c'est le nom du personnage lunatique qui joue le rôle de moteur. Quand il joue correctement... Mais il reste environ 120 milles à courir jusqu'à l'entrée du Rio de Valdivia, une grosse journée, voilà quoi: ça sent l'écurie.

Bahia Corral, l'entrée du Rio Valdivia

mercredi 9 avril 2014

Frais, et assez frais aussi... l'automne austral

Le front froid est passé sur nous hier comme prévu avec 39 noeuds de vent, puis cela s'est stabilisé autour de 28-30 noeuds; on a passé la nuit avec 3 ris trinquette...
Là on vient de relâcher un ris et remettre l'artimon à 1 ris.
[…]
Un lever du jour un peu inquiétant

On a sorti les sous-vêtements thermiques, la bouillotte est utile pour chauffer les couchettes et comme chaufferette pendant la nuit de quart. Mahaut vient de prendre un super ptit dèj de pancakes, la mer est bien formée mais il y a du soleil.
Voili voilà,

Joya & Mahaut

samedi 5 avril 2014

Le vent adonne, le bateau avance, le moral remonte...

Nous reprenons peu à peu espoir. Depuis deux jours, nous faisons enfin une route acceptable. Nous nous rapprochons de la côte chilienne et nous envisageons à nouveau la possibilité d'atteindre Puerto Montt. Les miles diminuent enfin significativement.

Mahaut fait le point sur la carte

Le temps est toujours très froid et le soleil se cache souvent derrière les nuages. Nous avons donc développé un mode de vie semi-hivernal qui consiste à dormir énormément, à boire beaucoup de thé (le thermos est toujours plein d'eau chaude) et à faire chauffer le four. Hier, nous avons mangé une pizza faite maison et ce matin, c'était des petits pains tout chaud pour le petit déjeuner.
Nous récupérons très doucement de notre fatigue. Nous sommes encore épuisées, mais je crois que nous arrivons mieux à tenir sur nos jambes. La côte se profile à nouveau à l'horizon de notre imagination. J'ai l'espoir que ce cauchemar qui a duré une semaine est terminé. Avec un peu de chance, nous arriverons bientôt à bon port !
Mahaut.

(Note du posteur: vous pouvez constater en cliquant sur le lien "Carte" au dessus du texte, que la progression vers l'Est est excellente ces deux derniers jours, ça a vraiment l'air d'aller mieux.)

mercredi 2 avril 2014

Cette fois, c'est horrible pour de bon...

Voilà plus de quinze jours que nous sommes en mer. La première semaine a été presque agréable mais la seconde a été horrible. Et c'est bien parti pour durer une à deux semaines de plus.
Depuis une semaine, le vent souffle du sud-est, c'est-à-dire pile dans la direction que nous visons. Il est donc impossible d'aller en ligne droite à Puerto Montt et nous commençons à nous demander s'il est possible d'y aller tout court. Le vent est aussi très variable et nous devons constamment changer notre voilure.

Pour vous donner un example, lorsque je me suis mise à écrire cet article, il y avait du soleil et peu de vent. Il y a quinze minutes, j'ai dû m'arrêter pour aider Joya à prendre un ris dans l'artimon parce que le vent avait subitement forci. Le ciel est maintenant complètement gris. Cette nuit, le tambour du génois (qui permet de rouler et dérouler la voile) s'est bloqué. C'est l'une des pires choses qui puisse nous arriver mais, heureusement, nous avons réussi à le débloquer grâce à beaucoup de WD40, de coups de marteau et de force dans les bras. A 22h30, après une heure d'essais, nous avons enfin pu aller nous coucher pour nous relever une heure et demi plus tard parce que le vent était tombé. A 3h30 du matin, le vent a violemment forci et nous avons du prendre un ris dans la grand-voile. Je me souviens m'être levée encore trois heures plus tard, mais je dois avouer que je ne me souviens même plus pourquoi.
Beaucoup de nos nuits ressemblent à cette dernière et nous avons du mal à nous reposer. Entre le manque de sommeil et la distance au but qui ne diminue presque pas, il est difficile de garder le moral. Il nous reste 857nm à parcourir et cela me paraît plus loin que jamais.
Nous envisageons très sérieusement de partir plutôt vers Valparaiso, qui est plus au nord et donc peut-être plus atteignable, mais cela compliquerait considérablement la suite du voyage. Pour l'instant, nous nous contentons d'avancer dans la meilleure direction possible.
Espérons que ce soit suffisant.
M.

vendredi 28 mars 2014

Cela pourrait être pire !

Cela fait dix jours que nous sommes parties de l'Île de Pâques. J'ai l'impression que cela en fait dix fois plus. Pendant les huit premiers jours, nous avons franchement bien avancé et surtout dans la bonne direction. Les journées se sont enchainées sans rien de très notable, si ce n'est qu'il fait de plus en plus froid. Plus nous irons vers le sud, moins nous aurons chaud. Les nuits deviennent vraiment glaciales et il a même fallu sortir des couvertures plus chaudes ! Le climat tropical me manque déjà...


Hier, le vent a tourné dans une mauvaise direction pour nous ce qui nous force à aller beaucoup plus au nord que nous le voudrions. Nous faisons donc du près avec 20 noeuds de vent et le ciel est tout gris. Ce n'est vraiment pas agréable et la place la plus confortable du bateau reste encore nos couchettes (dans lesquelless nous sommes bien calées). Du coup, je passe beaucoup de temps à dormir et à lire.

Cela pourrait être pire ! Quoique je commence à être sérieusement en manque de hamburgers. En ce moment, nous mangeons surtout des soupes de nouilles instantanées parce que c'est très facile à faire, mais ça ne remplace pas un bon steak...
J'ai hâte d'arriver à Puerto Montt !
M.

dimanche 23 mars 2014

En route pour le Chili

Nous voici dans notre quatrième jour de traversée pour le Chili. Aujourd'hui, il fait beau, il y a suffisamment de vent pour nous faire avancer à une bonne allure, et dans la bonne direction, en plus ! Hier, nous avons pêché un poisson mais il était apparemment beaucoup trop gros pour nous puisqu'il est parti avec notre leurre et une partie du fil de pêche. Tant pis, nous sommes bien décidées à manger du poisson frais, un de ces jours. Alors aujourd'hui, nous avons sorti un nouvel appât. Avec un peu de chance, nous arriverons à pêcher quelque chose, et de pas trop gros !


Sinon, nous avons déjà bien pris le rythme de la traversée. Nous nous habituons à la fatigue et au bateau qui bouge, et nous positivons le plus possible.

De toute façon, nous n'allons pas nous plaindre ; tant que nous avançons dans la bonne direction, tout va bien !
A bientôt,
M.

lundi 17 mars 2014

Notre séjour sur l'île

Rapa Nui est une île magnifique. En arrivant, le couple de français nous a dit : “C’est vrai que ce n’est pas un endroit très reposant, mais cela en vaut la peine.” Alors ça, de la peine, on s’en est donnés ! Mais effectivement, cette île est sublime.

Rapa Nui a été un désastre écologique à la fin de l’âge d’or de la civilisation des Moaï. En déforestant toute l’île pour transporter leurs précieuses statues, symboles de puissance, les sources de nourriture de la population disparurent ce qui les mena à la famine. Depuis, l’Île de Pâques subit une forte érosion des sols.
Je m’imaginais donc une île très brune et aride avec peu de végétation. Mais pas du tout ! Et c’est ce qui me plaît le plus ici ; tout est vert. Il y a de l’herbe ! Du gazon, des fleurs, des bananiers dans les jardins, etc. Après les Galapagos et les traversées, c’est tout simplement du bonheur pur.


Et puis, il y a des Moaï vraiment partout. Le tourisme est la seule ressource économique de l’île et son emblème est donc bien mis en valeur. Par exemple, sur le petit port, il y a deux Moaï pour nous accueillir. Les archéologues en ont retrouvé 887 pour l’instant, dont 288 sur les sites funéraires qui sont sur la côte. Les autres statues ont été retrouvées dans la carrière où ils les construisaient ou abandonnées en route. Nous pouvons donc marcher tranquillement le long de la mer et observer de magnifiques Moaï.


Vendredi, nous nous sommes offert un tour de l’île avec un guide. Nous avons donc pu observer l’île de l’intérieur et visiter tous ces lieux que nous avons toujours vu sur des cartes postales. Le clou du spectacle est les quinze Moaï qui sont vraiment le symbole de l’île. Tous les Moaï de l’île ont été abattus, face contre terre, par les diférents clans de Rapa Nui, entre le XVIIe et le XIXe siècle. Mais ces quinze statues ont été de nouveau érigées par une compagnie japonaise comme cadeau aux habitants de l’île.

Ces Moaï sont... impressionnants. Ils sont immenses et magnifiques. On peut tout à fait comprendre pourquoi ils étaient tant vénérés.


Nous avons aussi visité la carrière dans laquelle la majorité des Moaï a été abandonnée, faute de ressources. C’est un endroit très touristique, peut-être même un peu trop pour nous, mais il était intéressant de voir ces statues à l’abandon. Elles sont le symbole de la déchéance d’une société qui a trop usé les ressources que la terre lui offrait (cela ne vous fait pas penser à quelque chose ?). Les chefs de clans cherchaient toujours à en construire de plus grands, de plus lourds, pour montrer leur supériorité. Notre guide nous a fait remarquer les visages très sérieux de tous les Moaï : “They were very serious people with crazy chiefs.”


Notre dernier arrêt de la journée était à Anakena, une jolie plage de sable blanc. Il y avait de l’herbe, des palmiers et des Moaï au bout de la plage. C’était magnifique et j’en ai profité pour tremper mes pieds. Ce fut l’un de nos rares moments de pure détente. Une heure de repos, sans inquiètude et avec un sol immobile sous nos pieds. Quel soulagement !



Samedi, j’ai fait une discovery dive avec le magasin de plongée qui fait face au port. Il n’y avait pas beaucoup de poissons mais la visibilité était absolument incroyable et nous avons même vu une tortue ! J’ai adoré ces trois-quart d’heure sous l’eau à nager avec les poissons. C’était magique.


Les autres jours de la semaine, nous avons surtout refait le plein d’eau, d’huile et de fuel et nous avons acheté plein de fruits frais. Le village est joli et les gens sont très gentils. Beaucoup parlent français parce qu’ils ont de la famille en Polynésie française. Nous avons tenté de nous reposer du mieux possible malgré quelques mésaventures.

Nous avons eu un coup de vent très violent, hier, mais heureusement, nos ancres ont tenu. Par contre, question détente, nous avons vu mieux !

Sinon, mercredi, après avoir fait les pleins d’eau, nous avons eu le malheur de nous coincer une corde dans l’hélice du moteur de notre annexe. Il s’est immédiatement éteint. Nous n’étions pas très loin du port, mais les vagues nous poussaient contre les rochers et nous avons dû ramer jusqu’au bateau. Nous avions le vent et les vagues contre nous et ce fut tout simplement un enfer. J’ai perdu toute notion du temps, seul comptait ma rame qui s’enfonçait encore et encore dans l’eau... Le bateau était désespérement loin et nous sommes arrivées dans un état d’épuisement extrême. Ensuite, il a fallu monter les dix bidons d’eau sur le bateau puis Joya a plongé pour décoincer l’hélice. Heureusement, le moteur n’a pas subit de dommage, mais nos bras, eux, ont subit de sacré courbatures ! Ce n’était pas exactement ce que nous entendions par : “Une fois arrivées à l’Île de Pâques, nous pourrons nous détendre.” Cette aventure a au moins eu le mérite de me faire réaliser ma pauvre condition physique. Je sens qu’une petite session de musculation va s’imposer dès mon retour à Genève !


Nous partons demain pour minimum trois semaines de traversée, direction Puerto Montt, Chili. Nous allons devoir passer au sud d’un grand anticyclone pour pouvoir attraper les vents portant vers l’est. Avec un peu de chance, cette traversée ne sera pas trop éprouvante...


Allez, haut les coeurs ! Ce sera ma dernière longue traversée pour longtemps... Après cela, il nous faudra une semaine au Chili puis nous retournerons à Genève. Mon Dieu, que le temps passe vite.