jeudi 15 janvier 2015

Une semaine à Valdivia

Cela fait une semaine que nous sommes arrivés à Valdivia, la perla del Sur comme ils disent ici. Et il faut bien reconnaître que ce qualificatif lui va comme un gant. En été en tous cas. Il fait un soleil radieux — 25 degrés environ sauf quand le vent souffle du sud, il y a des rosiers partout, les gens sont en shorts et en petites robes d'été.


Ici, de décembre à mars, ce sont les grandes vacances. Les étudiants ne flanent plus sur les campus, ils travaillent: serveurs dans les bistrots, aides de caisse dans les supermarchés. Les immatriculations dans les universités sont ouvertes — il y en a 4 à Valdivia !  Et la ville grouille de touristes chiliens et argentins, d'enfants et de familles.

Les Chiliens sont toujours aussi beaux, gentils, serviables. J'ai retrouvé avec bonheur nos amis de La Estancilla. Bref tout serait pour le mieux s'il n'y avait.... euh, comment dire... un pequeño problema....

Je ne sais pas si je vous l'avais dit, mais Sir Ernest n'aime pas les hivers froids et humides. Il avait déjà très violemment protesté lorsque nous l'avions laissé en Bretagne, il y a fort fort longtemps. Et ces 9 mois à Valdivia ne lui ont pas plu. Mais alors pas du tout.
Pour vous la faire courte, la situation est la suivante: nous avons dû sortir le moteur du bateau pour une réfection intégrale. Mister Perkins est actuellement totalement démonté, il ne ressemble plus qu'à un tas de pièces détachées, lesquelles se trouvent chez deux mécaniciens à Valdivia et un autre à Osorno, une ville à une centaine de kilomètres d'ici.
Comme vous pouvez vous l'imaginer, c'est une catastrophe qui se situe assez haut sur l'échelle Richter des catastrophes affectant un voilier.
Du coup, le moral joue à l'ascenseur:

En haut: Jon, le mécanicien, vient comme  prévu démonter le moteur à bord, le sortir du bateau, et tout se passe bien...
Tout en bas:  le jour suivant, il vient nous dire que l'atelier d'Osorno n'a pas les pièces nécessaires, qu'il ne sait pas bien où les trouver, qu'il va falloir les chercher sur Internet...
Tout en haut: une heure plus tard, le même jour, nouveau coup de fil: Jon a trouvé les pièces à Valdivia, chez un mécanicien de machines de chantier...

Bref, quand je vous disais que c'est l'aventuuuuuure !

Comme dans toute aventure,  les difficultés — la cale moteur vide, les incertitudes et les inquiétudes — sont contrebalancées par une multitude d'aspects positifs:
c'est très pédagogique d'avoir vu le moteur entièrement désossé. Oui, oui, absolument.
Cet incident qui nous oblige à rester à Valdivia plus longtemps que prévu nous offre l'occasion d'un contact plus approfondi avec les gens. Avec Marcelo, par exemple, le gérant de La Estancilla, qui se met en quatre pour nous aider. Il nous emmène en voiture aux quatre coins de la ville, traduit en espagnol basique le sabir incompréhensible de Jon et donne des coups de fil à gauche à droite pour nous. Le tout avec beaucoup de gentillesse et le sourire.

Et du coup, nous avons du temps pour les mille-et-une réparations à faire sur Sir Ernest, sans lesquelles voyager en voilier serait beaucoup moins amusant. Bref, nous sommes bien occupés; autrement dit, nous travaillons tout le temps. Avec pour cadre la rivière de Valdivia.  Vous en conviendrez, il y a pire ....



Eh, oh ! Nous n'allons pas nous laisser abattre.  Souvent, en fin d'après-midi, nous prenons le bus pour la ville. Il faut commencer par se placer sur la route et faire de grands signes au bus numéro 20 quand il surgit en haut de la colline, car sinon, lancé à fond et pétaradant, il n'arrive pas à s'arrêter.

Nous avons tellement de choses à découvrir:
Quel est le meilleur bistrot où boire une bière ? Celui-ci est pas mal: rendez-vous de la jeunesse, comida lenta , autrement dit slow food...


Quel est le supermarché le mieux achalandé — en fait, cela sera peut-être bien celui où il y a du Nutella ?
Y a-t-il une vraie librairie à Valdivia ?
Où se trouve le magasin de peinture pour acheter l'antifouling ?
Où est le cinéma ?

Et quand nous commencerons à nous ennuyer, il sera temps d'aller faire un tour dans les environs. Voir le lac LLanquihue (prononcer Iankioué), Panguipulli, tous ces noms de lieux extraordinaires qui arborent leur racine indienne...















samedi 10 janvier 2015

Les mots me manquent

Nous sommes arrivés à Valdivia, comme prévu et sans encombres,  jeudi 8 janvier vers 11heures locales.
Mais après les massacres qui ont eu lieu à Paris ces derniers jours, il m'est impossible de vous raconter nos petites mésaventures. Elles paraissent tellement dérisoires !
Nous sommes bouleversés, plus que bouleversés même, les mots me manquent. En deuil.
Et bien sûr très inquiets car l'Europe est vraiment très loin, vue d'ici..

Alors à un de ces prochains jours, pour de vraies nouvelles du Sud.
Joya






dimanche 14 décembre 2014

Lectures pour patienter



Compte-à-rebours: J-24 jours avant de reprendre l’avion pour Valdivia.
Et toujours des listes à cocher, ce qui n’a rien de très passionnant. Cela demande juste d’être bien organisé sur papier — et dans la tête !  Essayer de ne rien oublier de vital.

Aujourd’hui, j’aimerais surtout partager mes dernières  lectures avec vous.

Commençons par Joseph Conrad, que tout tout le monde connaît. Qui n’a pas lu Typhon, Lord Jim, ou encore Nostromo ? Si ce n’est pas le cas, précipitez-vous sur ces magnifiques classiques de la littérature de la mer et du voyage.

www.rugusavay.com
J'avais oublié qu’avant d’être écrivain, Conrad fut un vrai marin.  
Quittant sa Pologne natale à l’âge de 17 ans, il trouve un embarquement à Marseille et s’engage comme matelot. On est en 1874. Les grands voiliers sillonnent encore le globe, mais plus pour longtemps: les navires à vapeur commencent à leur faire concurrence.
Pendant vingt ans, Conrad va gravir tous les échelons et passer tous les brevets. Il sera second lieutenant, premier lieutenant, second, commandant...
Pendant toutes ces années, notre futur écrivain court les mers du Sud : Londres-Adelaïde, Londres-Sydney, Java, Sumatra, Bombay, Calcutta, Amsterdam, le Congo ...
Puis il pose son sac à terre, en 1894, et se met à écrire. Un livre par an jusqu’à sa mort, en 1924, récits nourris et tirés de sa vie de marin au long cours.

Je viens de lire «Le miroir de la mer» (1906) où Conrad — bien avant Hervé Hamon, Jean-François Deniau, Olivier de Kersauson et tous les autres — évoque sa relation à la fois lucide et émerveillée avec la mer et les navires. Une belle lecture que je recommande à ceux qui pourraient être en manque de mer, en cette période hivernale.

C’est une relation sérieuse que celle qui lie un homme à son navire. Celui-ci a ses propres droits comme s’il pouvait respirer et parler; et en vérité, il est des navires auxquels, pour l’homme compétent, il ne manque que la parole, comme dit l’expression.
Un navire n’est pas un esclave. Il faut faire en sorte qu’il se sente à l’aise par mer dure, il ne faut jamais oublier que c’est à lui que vous devez la part la plus grande de vos pensées, de votre savoir-faire, de votre amour-propre. Si vous vous rappelez cette obligation, spontanément et sans effort, comme si c’était un sentiment instinctif émanant de votre vie profonde, il saura faire route, virer bout au vent, courir vent arrière pour vous aussi longtemps qu’il en sera capable, ou, tel un oiseau de mer allant se reposer sur les lames furieuses, il étalera le coup de vent le plus dur qui vous ait jamais fait douter que vous vivriez assez longtemps pour voir une nouvelle aurore.

Joseph Conrad, Le Miroir de la mer.


Autre lecture, autre plaisir: Björn Larsson, «La sagesse de la mer».  

Isle of Skye— Inner Hebridies — www.cuyc.org.uk
Cet écrivain suédois a vécu plusieurs années à bord de son voilier, sans jamais descendre beaucoup plus au sud que le Cap Finisterre. Son territoire d’exploration se situe en mer du Nord, entre Suède, Danemark, Bretagne, Irlande, Ecosse. Il a lui aussi posé son sac à terre et enseigne aujourd’hui la littérature française à l’université de Lund, au sud de la Suède.

Qu’est ce qui peut vous valoir un sentiment de bonheur pareil à celui qu’on éprouve quand on vient de s’amarrer dans un nouveau port, après une longue traversée ? Lorsque avons aperçu les murs de de Saint Malo à travers une légère brume, tôt le matin, ou lorsque nous avons pénétré dans l’écluse de Brunsbüttel, sur le chemin du retour, après avoir attendu toute la nuit à l’embouchure de l’Elbe, sous un gros orage, que la marée s’inverse. Ou encore, lorsque Stan et moi nous sommes serrés la main à Fraserburgh, après la traversée de la mer du Nord ou lorsque nous avons pénétré dans le port d’Albaek, sur la côte est du Jutland du Nord, après avoir parcouru quatre cent quatre-vingts milles en droite ligne depuis Buckie et déchiré notre grand-voile à quelques encablures du port. (...) Quand, la cabine pleine de cirés et de cartes marines trempées, nous avons appelé les garde-côtes à Aberdeen pour leur annoncer, comme nous le leur avions promis pendant que nous étions en mer, notre arrivée à bon port. Ou lorsque, après vingt-quatre heures sans dormir, nous avons accosté à Tréguier après avoir traversé la Manche et couru jusque chez le boulanger pour acheter notre baguette avant l’heure de la fermeture.

Björn Larsson, La Sagesse de la mer.

Et enfin, un gros bouquin que j’ai emprunté à la bibliothèque (... et pas encore acheté): «Histoires du Bout du Monde»  de Philippe Grenier.


Les canaux de Patagonie — http://wizzz.telerama.fr/duane/
Voici une anthologie des récits de voyage en Patagonie. Comme le dit l’auteur dans sa préface:
« (...) donner une idée de cette littérature de témoignage vécu, qui s’est accumulée sur cinq siècles depuis qu’en 1520 Magellan a découvert cette «Fin de terre» absolue, et créé le mot pour la nommer, tel est l’objectif de ce livre. Il est ambitieux: il s’agit d’abord d’embrasser toute la période qui va de cette découverte jusqu’à nos jours. Il s’agit, aussi, de dépasser le seul corpus des textes écrits ou déjà traduits en français. »

Alors Philippe Grenier, géographe, chercheur au CNRS, grand connaisseur du Chili où il fut professeur d’université jusqu’au coup d’Etat de Pinochet en 1973, traduit les textes qui lui plaisent de l’anglais ou de l’espagnol.  Et le panorama qui se déploie ici, à la fois historique et littéraire, est somptueux... 


Joya


vendredi 21 novembre 2014

En faisant de l'ordre dans mon ordi

L'autre jour, alors que j'essayais de faire de l'ordre dans mon ordinateur, je suis tombée sur ces quelques notes écrites en mai dernier à notre arrivée à Valdivia. Il s'agit d'un bilan en quelques chiffres de la première partie du voyage de Sir Ernest autour de l'Amérique du Sud: de Port St Louis du Rhône (sud de la France) à Valdivia (sud du Chili).

Premier constat: c'est loin! D'ailleurs, il suffit de regarder un globe terrestre pour s'en rendre compte. Valdivia se situe tout dessous, de l'autre côté du monde, pas si loin que cela de l'Antarctique. 
Malheureusement, comme le totalisateur du loch est tombé en panne en traversant l'Atlantique, je n'ai aucune idée du nombre final de milles que nous avons parcourus depuis notre départ de Camargue. 

Autre constat:  nous avons beaucoup beaucoup navigué — ambiance «bouffeurs de milles» — et nos escales ont toujours été trop courtes. C'est hélas le cas lorsqu'on veut, comme moi, aller loin avec un bateau lent, tout en ayant peu de temps. Peu de temps car je ne sais pas voyager en gagnant ma vie à bord ou aux étapes, comme le font certains. Alors je reviens travailler en Europe et je m'éclipse de temps en temps. 

Voici donc ces quelques chiffres:

Première étape: de Port St Louis à La Gomera (Canaries) — 3 semaines de navigation: de début juillet à début août 2013. 
2 escales en Espagne, à Cartagena (3 jours) et à Cadíz (2 jours).
Navigation en famille: Solenn, Mahaut, Thibault et Joya.

Deuxième étape: la traversée de l’Atlantique, de La Gomera à St Martin (Nord des Antilles).
Du 5 novembre au 5 décembre 2013. — 28 jours. Joya et un couple de néophytes (26 et 31 ans). A St. Martin: 3 semaines d’escale.

Troisième étape: de St Martin à Panama – du 26 décembre 2013 au 4 janvier 2014 — 10 jours.
Navigation en famille. 
Passage du canal de Panama — 10 et 11 janvier 2014 — 7 jours d’escale pour préparer le bateau à la suite du voyage. 

Quatrième étape: de Panama aux Galápagos  — du 14 au 24 janvier 2014 — 10 jours. Navigation en double: Joya et Mahaut. Visite de trois îles de l'archipel des Galápagos : San Cristobal — Santa Cruz — Isabela. En tout,  23 jours d’escale.


Cinquième étape: des Galápagos à Rapa Nui (Ile de Pâques) — du 17 février au 10 mars 2014. 21 jours. Navigation en double: Joya et Mahaut.  7 jours d’escale sur l'île de Pâques.

Sixième étape: de Rapa Nui à Valdivia (Chili) — du 18 mars au 13 avril 2014. 25 jours. Navigation en double, Mahaut et Joya. Nous sommes restées 5 jours au Chili avant de prendre l'avion pour Genève. 


Problèmes techniques et avaries:

Panne irréparable du pilote électrique, survenue entre Panama et les Galápagos.

Moteur:        
un désamorçage; 
problème de baisse de pression d’huile — sous contrôle en faisant des vidanges très fréquentes (toutes les 50 heures à peu près). Changement de la pompe d'alimentation prévu avant la suite du voyage.

Voiles:        
Déchirure du génois par raguage sur le bas-étai — a pu être remplacé par le vieux génois de secours. Usure de la bande UV de la trinquette.

Gréement:  
Blocage du tambour de l’enrouleur de génois — débloqué puis étroitement surveillé, lubrifié au WD 40 tous les jours et manipulé plusieurs fois par jour afin qu'il ne se rebloque pas.
Usure de 2 écoutes de génois.
Goupille du vis-de-mulet cassée et changée en cours de navigation.
Les rivets de fixation du hâle-bas de bôme — remplacés en cours de traversée.
Une poulie du palan de grand-voile explosée.
Un axe de barre remplacé en cours de navigation 8 (oui, l'inox marine rouille !! )

Conditions de vent et de mer rencontrées

De la Méditerranée à La Gomera: peu de vent, sauf les deux derniers jours en arrivant aux Canaries.

Traversée de l’Atlantique: départ précoce (début novembre), l'alizé était encore peu établi; deux épisodes de calmes, pas de coup de vent, alizé modéré — jamais plus de 25 noeuds.

Antilles – Panama: trajet musclé, entre 25 et 30 noeuds de vent moyen, du portant, mer forte. 

Panama — Galapagos:  au départ de Panama, du vent de nord-est soutenu. Puis le vent a progressivement tourné  au sud-est, nous avons marché au près jusqu’à 50 milles de l’arrivée. Courant favorable presque jusqu'au bout de la route. Fin au moteur.

Galapagos — Rapa Nui: navigation presque tout le temps au près. Vent très changeant, très irrégulier en direction et en force (passant de rien du tout à 25 noeuds, puis plus rien en l’espace d’une ou deux heures — et ceci pendant environ 10 jours). Très fatiguant à cause des manoeuvres que ce type de temps implique.

Rapa Nui — Chili:  4 jours de portant, 21 jours de près: vent entre 10 et 25-30 noeuds; avec un coup de vent fort mais de courte durée (l’anémomètre totalement dépassé par les événements tournait sur lui-même comme un fou en lançant des éclairs ! )

Joya


mercredi 1 octobre 2014

Moins trois mois

J moins 3 mois. Billet d’avion dans la poche, le temps s’accélère.
Revoici les listes. Listes de ce qu’il faut acheter, de ce qu’il ne faut surtout pas oublier, de ce qu’il faut commander, de ce qui doit absolument entrer dans les valises — du nouveau pilote électrique au régulateur solaire de rechange, en passant par un peu de dyneema (encore!), quelques lampes frontales et plein de trucs et de machins.
Liste de ce qu’il faudra trouver sur place — des bottes ? les miennes étaient tellement mortes-cuites, fendues de partout, qu’elles ont passé à la poubelle en arrivant à Valdivia en avril; une rallonge de cheminée ? de l’antifouling ? une nouvelle antenne ? une VHF portable ? il paraît qu’on ne peut pas transporter la VHF en soute à cause de la batterie ...

La préparation de la suite du voyage passe aussi par les lectures. Cet été, j’ai potassé le guide “italien”, celui qui décrit toutes les caletas, mouillages et anfractuosités des canaux de Patagonie. En ce moment, je relis les livres de Luis Sepulveda et Francisco Coloane.

La Huamblín laissa derrière elle les courants redoutables du Golfe de Penas pour s’engager dans le majestueux canal de Messier et s’aventura dans le labyrinthe d’îlots de l’Angostura Inglesa, qui ne peut être emprunté que par un seul bateau à la fois. Et un soir enfin, la Huamblín jeta l’ancre dans les eaux de Puerto Eden, enclavé sur la rive nord du Paso del Indio.
Puerto Eden doit probablement son nom à la fabuleuse beauté du site. A l’extrémité du canal Messier, bordé de hautes murailles grisâters, le courant enfle comme une veine pressurée et le sombre couloir monumental débouche sur un monde nouveau, primitif, où règne une nature d’une luxuriance grandiose et indomptée. Après l’imposante austérité de la roche, les îles verdoyantes de Puerto Eden offrent le spectacle d’une splendide oasis qui semble récemment sortie des eaux, et où le voyageur s’attend à rencontrer les premiers hommes.
Francisco Coloane — Tierra del Fuego

Je me pâme aussi devant les photos de Gregory Korganov. Il a visité la Patagonie terrienne, mais cela ne fait rien. Les paysages et les gens, terres et visages sombres et burinés, sont magnifiques.

Et il ne faudrait pas oublier Pablo Neruda.

                         J’ai été le jeune monarque
                         au pays de ces solitudes,
                         un monarque obscur qui eut pour royaume
                         le sable, les arbres, la mer, le vent âpre:
                         l’espace, mû par le baiser
                        du sel, à découvert,
                        à grands coups de vent liquide et amer,
                        j’allais, j’allais, je suivais l’infini.
                                                                         Ecrit à Sotchi (Mémorial de l’Ile Noire)



Dans les moments de libre, entre élaboration de listes, vie trépidante, préparation de mes cours d’anglais et d’allemand, correction d’évaluations, sans oublier la confection de cookies, tartes aux pommes et confitures — il faut bien vivre ! — nous apprenons l’espagnol. 
Je dis nous car: Mahaut prend des cours tous les mardi soir, Thibault s’est inscrit à un cours intensif à l’uni de Lausanne, et moi, ben... j’ai trouvé des cours sur Internet. On ne rit pas, merci. Dès que j’ai une petite, toute petite minute, je me rue sur une vidéo en espagnol, je fais des exercices en ligne et même si cela me prend une heure pour écrire un texte de 5 lignes, j’écris des mails et des cartes postales à mes amis chiliens et équatoriens.
Bref, comme toujours, il me – nous faudrait 30 heures dans une journée et 20 mois par année. Dire qu’il y a des gens qui s’ennuient !

Joya




vendredi 22 août 2014

Nous sommes passées à la radio !

Nous sommes passées à la radio ! Alors ça, c'est une fierté.

Cela fait près de quatre mois que nous sommes de retour à Genève, que nous avons laissé Sir Ernest pour reprendre nos bonnes vies de citadines. Quatre mois, cela nous laisse du temps pour y repenser. Au début, trop de sentiments, trop de pensées se bousculaient et il nous était difficile d'expliquer vraiment ce voyage. Car évidemment, la première question qui nous était posée était : "Alors, qu'est-ce que vous en avez rapporté?". 
Euh, laissez-nous souffler, on vous répond dans quelques mois.

Et ces quelques mois ont passé. Début juillet, nous avons reçu un e-mail d'une amie d'une amie qui nous proposait de faire une émission de radio pour parler de notre voyage. L'émission s'appelle "Le temps d'un été", sur la Radio Télévision Suisse, et elle a pour simple but de discuter pendant une petite heure avec des gens de tous horizons. Des chanteurs, des photographes, des militants... Et nous, apparemment. 
Alors, bien sûr, nous avons accepté. 
Ce fut une magnifique expérience parce que nous avons vraiment pu parler. Nous nous sommes remis en mémoire tout ce voyage si intense. Nous avons pu revivre tous ces souvenirs sublimes qui s'étaient cachés sous la couche de difficultés. Cela nous a permis de prendre du recul et d'être au clair face à notre expérience. 
Et puis, nous avons visité les studios radiophoniques, discuté face à un micro et attendu qu'une petite led rouge s'allume pour parler. Nous avons aussi rencontré Laurence Froidevaux, la journaliste avec qui nous avons passé l'heure d'antenne à discuter. Elle a réussi l'exploit de nous mettre à l'aise en trois minutes top chrono au point que ma voix n'a même pas tremblé de stress ! Il faut dire qu'elle est tellement gentille...

Personnellement, j'ai adoré discuter de ce voyage avec elle, pendant l'émission et hors antenne. Surtout parce que nous avons pu réellement raconter. Lorsque nous sommes revenues à Genève, étonnamment peu de gens nous ont posé des questions sur le voyage. Peut-être que cela ne les intéressait pas, peut-être qu'ils ne s'en rendaient pas compte, ou juste qu'ils ne pensaient pas à poser des questions. 
Toujours est-il que nous n'en avons que peu parlé et que cette légère frustration a été magnifiquement soulagée par cette émission.
Désormais, j'ai les idées bien plus claires. Je réalise enfin ce que le voyage m'a apporté. J'ai maintenant des dizaines de sublimes souvenirs bien clairs dans ma tête et cela fait du bien de savoir que cela en valait le coup. C'est grâce à cette heure (trop courte) de discussion que je suis réellement en paix. 
Parce que, au final, ce voyage en valait vraiment la peine.

Mahaut

Si vous êtes en Suisse, nous serons en rediffusion samedi 23 août, de 14h à 15h sur la RTS.

jeudi 1 mai 2014

De retour

Cela fait maintenant 10 jours que nous sommes de retour. 

Quel bonheur de retrouver ceux que nous aimons. Merci au comité d'accueil venu embrasser Mahaut avec pancartes et chansons à l'aéroport... Quelle émotion !

Après ces 6 mois de mer — pour moi... 4 mois pour Mahaut, ponctués de quelques escales trop courtes, nous revenons à Genève au printemps. 
Il y de la verdure partout, des feuilles aux arbres, des fleurs en abondance, l'odeur de la terre mouillée. On a beau adorer la mer et le grand large, voir toute cette végétation est une joie. 
C'est aussi un immense plaisir de retrouver les commodités auxquelles nous ne prêtons plus attention lorsque nous vivons à terre: 

  • l'eau courante —  plus besoin d'aller faire le plein avec les bidons et d'utiliser l'eau avec parcimonie afin qu'elle dure autant de temps qu'il le faut. 
  • l'eau chaude à volonté : plus besoin de chauffer l'eau dans la bouilloire, puis de remplir le pulvérisateur de jardin afin de prendre une douche accroupies au fond du cockpit. 
  • Et ici, à terre, on trouve une abondance de légumes frais, verts et croquants. Des produits laitiers. De la bonne viande. Des fruits. 
  • On peut dormir une nuit entière sans devoir crapahuter sur le pont dans le froid et les embruns pour prendre un ris. 
  • La lessive est vraiment sèche... et sent bon. 
  • La maison est inondée de musique avec Solenn au piano et Mahaut au violon.

Nous sommes parties quelques mois pour une vie totalement différente mais c'est incroyable à quel point nous nous (ré)adaptons vite. Presque — tout est dans le presque — comme si rien n'avait changé. Sauf que restent les milliers de souvenirs — images, sensations, rencontres —, la fatigue et les courbatures tenaces qui collent au corps.

Il nous faut encore un peu de temps pour laisser se décanter tout cela, puis nous pourrons faire le bilan de cette première partie du voyage. Car en janvier 2015, le voyage continue: finir de descendre la côte du Chili au travers des mythiques Canaux de Patagonie avant la longue, très longue remontée vers l'Europe. Nous en reparlerons.

En attendant, Mahaut a repris le chemin du Collège et moi, les remplacements au Cycle. La vie continue... 

Joya